Dossier : Magal Darou Mouhty

Le Niçfu Sha’bân est une date repère dans l’hagiographie de l’Islam, coïncidant aussi avec les retrouvailles entre Mame Thierno Birahim Mbacké et Cheikh Ahmadou Bamba après son retour d’éxil en 1902. Chaque année cet événement est célébré par toute la communauté des disciples : c’est le Magal de Darou Mouhty qui coincide cette fois ci avec le Samedi 14 Juin 2014.

LA VIE ET L’OEUVRE DE MAME THIERNO BIRAHIM MBACKE NDAAMAL DAROU

Aperçu sur le personnage Sur sa naissance, à Porokhane, les auteurs s’accordent pour la situer au jeudi 15 du mois lunaire de  » Rabbi al awwal  » de l’an  » charfadji  » c’est à dire 1283 de l’Hégire, 1863 du calendrier grégorien.

On raconte que cela coïncida avec la Bataille de Pathé Badiane ou Paoss Koto qui mit aux prises les forces de Maba Diakhou BA aux troupes de l’autorité coloniale.

Mais, ce qu’il faut retenir de cet événement c’est que cela a donné lieu à une scène extraordinaire, et très significative pour l’avenir. Pour la circonstance, Mame Mor Anta Sally, leur père commun congratula Cheikh Ahmadou Bamba qui devait tout juste avoir dix ans, en ces termes :

 » Félicitations pour la venue de ce nouveau né, car il sera ton bras droit, en qui tu trouveras ardeur et soutien pour le grand projet qui te préoccupe tant.  » (In ouvrage de référence).

Le parcours de deux hommes inséparables

Ainsi commença le parcours commun de deux destinées extraordinaires dont l’une, pourrait-on dire, a été créée pour servir l’autre. Les deux hommes n’allaient plus se séparer sauf pendant les périodes d’exil du Cheikh. D’ailleurs, fait significatif, Serigne Touba consacra la première semaine de l’existence de Mame Thierno à faire le tour de la concession de Sokhna Faty Issa DIOP, la mère de l’enfant, afin de solliciter de Dieu le Tout Puissant, assistance et protection pour le nouveau né.

L’éducation et l’instruction de Mame Thierno furent prises de bout en bout par Serigne Touba. Il en est né une telle concordance de pensée qu’entre eux deux on peut parler de réelle complicité.

Et puis, en dehors de leur parenté par leur père commun, les deux hommes descendent de deux grands mères maternelles de même père. En effet, de Ahmadou Sokhna MBACKE, sont issues deux vertueuses filles : Sokhna Asta Walo MBACKE qui donna naissance à l’incomparable Sokhna Diarra BOUSSO la mère de Khadimou Rassoul, Sokhna Absa Mbacké, mère de Sokhna Faty Issa, elle même mère de Mame Thierno, le Lion de Darou.

Lorsque l’épopée de Maba Diakhou BA prit fin, Serigne Mame Momar Anta Sally rejoignit le Cayor avec sa famille. C’est d’abord à Patar qu’il s’est installé, puis à Mbacké Kadior. A sa mort, il fut inhumé à Dékheulé. C’est à ce moment que Mame Thierno fit officiellement allégeance à son frère Cheikh Ahmadou Bamba qui, dans les faits, était son maître depuis sa naissance.

Une formation et un caractère inédit Mame Thierno a donc été formé par Serigne Touba en personne, dans tous les domaines de la connaissance. Khadimou Rassoul l’a ensuite envoyé auprès de Cheikh Birama DIAKHATE pour compléter sa formation. Ce fut ensuite à Makala, auprès du célèbre jurisconsulte Serigne Khaly Madiakhaté Kala, qu’il se rendit pour étudier la prosodie.

A la vérité, ce périple n’était pas nécessaire à la formation de Mame Thierno : auprès de son Maître, il avait acquis suffisamment de sciences pour en remontrer à plus d’un. Mais, par ce moyen, Serigne Touba voulait lui enseigner que la vraie science n’est pas livresque.

Il voulait qu’il apprenne, par son expérience propre, que la Connaissance pure est un don que seul Dieu peut octroyer et qu’Il n’accorde qu’à ceux qu’Il élit. Par cette forme de science qu’il détenait au plus haut point, Cheikh Ahmadou Bamba a pu parfaire la formation de Mame Thierno et lui octroyer des dons qu’il n’a plus jamais attribués à personne d’autre.

Au physique, Mame Thierno Ibra Faty n’était pas grand de taille, mais il avait une prestance remarquable. Peu bavard, il ne riait jamais aux éclats, se contentant seulement de sourire, au besoin. La plupart de ses propos s’articulaient autour du Coran et des Hadiths. Les exemples qu’il citait pour illustrer ses propos se référaient à la vie des prophètes et du plus glorieux d’entre eux, Seydina Mouhamed (P.S.L.). L’argumentaire qui sous tend ses conversations puise amplement dans les conseils et exhortations que prodiguait son guide Cheikh Ahmadou Bamba.

Cheikh Ahmadou Bamba qui l’a formé lui a modelé un caractère tel que Mame Thierno, à l’exemple de son maître, ne craint que Dieu et ne sert que le Meilleur des hommes (P.S.L.) Jamais Thierno Ibra Faty ne s’est écarté de la voie que lui a tracée Serigne Touba. Il s’est toujours conformé à ses sages directives, et son maître a confirmé à plusieurs reprises, soit de vive voix soit dans des correspondances que sa famille détient encore, que toute sa vie durant Thierno n’a jamais eu de divergence avec lui. Toutes ses préoccupations étaient d’accomplir scrupuleusement les recommandations de Cheikh Ahmadou Bamba et d’accomplir les actes de dévotion. Il a toujours eu comme credo la proclamation de la Parole de Dieu le Très Haut et la vivification de la sunna sacrée du Prophète (P.S.L.).

De Cheikh Ahmadou Bamba, Mame Thierno a appris que la seule hiérarchisation qui vaille entre les créatures de Dieu ne provient pas de la race, de l’origine sociale, de l’état de fortune ou du savoir, mais de la profondeur de la crainte révérencielle qu’on nourrit pour le Créateur. Serigne Touba lui a appris également qu’on ne peut pas servir Dieu sans s’attacher à Le connaître afin de maîtriser les modalités de l’adoration. Il sait aussi que la connaissance sans la piété n’est d’aucune utilité pour la quête spirituelle de l’individu.

D’ailleurs, Cheikh Ahmadou Bamba, dans un de ses écrits dira : « Celui qui ne craint pas Dieu n’est pas Alim (savant), même s’il a épuisé toutes les disciplines spirituelles.  »

Pour le digne émule de Khadimou Rassoul, la crainte n’existe donc que dans la raison, tandis que le savoir ne peut être profitable que dans la pratique qui, à son tour, ne peut porter ses fruits que lorsqu’elle est sincère et scrupuleuse. Bien entendu, le scrupule consiste à éviter les interdits de Dieu et à accomplir ses recommandations.

Mame Thierno : maître et formateur ’ attitude de Mame Thierno Ibra Faty en a fait son credo, à un niveau jamais égalé et il a éduqué tous ceux qu’il a eus en charge dans ce sens. Il dirigeait personnellement les cinq prières quotidiennes dans toutes les localités où il séjournait (Gouye Ngoura, Mbacké Kadior, Darou Marnane, Darou Mouhty, etc.).

Non seulement il était hors de question que quelqu’un puisse se permettre de rater la prière, mais il exigeait que tout le monde l’accomplisse à la mosquée, de concert tous les autres confrères, à moins qu’on ne puisse invoquer un motif valable.

De source digne de foi, on raconte qu’il avait été amené à remarquer qu’un de ses talibés omettait de procéder à ses ablutions avant la prière sous prétexte qu’une plaie qu’il avait au pied enflait douloureusement au contact de l’eau. Mame Thierno le convainquit alors que c’était Satan qui s’employait ainsi à s’interposer entre lui et son Créateur. Lorsque le talibé reprit, malgré son mal, l’habitude de faire ses ablutions, l’on constata la guérison quasi miraculeuse de la blessure.

C’est donc en compagnie de ses disciples que Mame Thierno sacrifiait à l’ensemble des prescriptions divines, malgré les travaux pénibles et les difficultés liées aux conditions de vie dures dans ces contrées hostiles où il s’était installé. En dépit de tout cela, sans parler de l’éducation des talibés dont il se chargeait personnellement, il exécutait chaque nuit, au moins dix rakkas surérogatoires et procédait à la lecture du tiers du Livre.

Mame Thierno un soufi rare Sa vie fut fruste et frugale. Il a toujours habité dans des cases en chaume, sans aucun confort personnel. Pourtant il disposait d’énormes richesse qui provenaient des nombreux dons des talibés et de ses exploitations agricoles.

Mais tous ces biens étaient tenus à la disposition de Cheikh Ahmadou Bamba et de sa famille, et des nécessiteux qui sollicitaient souvent son grand cœur. Il y avait certes de beaux lits, de grand prix et en grande quantité, dans ses demeures, mais ils servaient plutôt à honorer les exemplaires du Saint Coran, de Sciences religieuses et les écrits de son maître. Quant à lui, il se contentait d’une simple natte, qu’au demeurant, il considérait comme déjà trop luxueuse.

Sa nourriture était des plus simples et il mangeait très peu. Il n’a jamais voulu, à ce propos, bénéficier de régime de faveur. En conséquence il mangeait, assis à terre comme tout le monde, et dans le même plat que ses disciples.

Voilà donc un homme tellement détaché des biens terrestres que son fils aîné et premier khalife, Serigne Mouhamadou Awa Balla MBACKE, a rapporté qu’un jour, il l’a contraint, lui et ses compagnons, à stopper la construction d’une maison qu’il leur avait commandée. Pour quelle raison ? Simplement parce qu’on avait pensé bien faire en utilisant du ciment pour consolider les fondations et pour préserver les poteaux en bois de la corrosion de la terre et des insectes. Mame Thierno n’a vu dans l’utilisation de ce matériau qu’un attachement trop prononcé aux commodités périssables de ce bas monde éphémère, qui en aucun cas, ne doivent ralentir la marche de l’homme vers la quête des félicités éternelles de l’au delà.

Mame Thierno ne parlait jamais inutilement et aucune futilité ne pouvait retenir son attention. Jamais il ne disait du mal de quelqu’un. Un profond anéantissement dans la volonté de Dieu lui avait donné l’habitude, en toute circonstance, de rendre grâce au Créateur. Ainsi, qu’on lui apprenne un événement heureux ou qu’on lui annonce la plus noire catastrophe, c’était pareil pour lui et son commentaire était invariablement : Al hamdoulilâhi ! (Nous rendons grâce à DIEU).

La générosité exemplaire La sagesse populaire veut qu’une réputation d’érudition ne puisse s’attacher à un individu que lorsque des érudits reconnus lui décernent ce label. De même, nul ne peut être valablement crédité d’une réputation de générosité tant que ses propres parents n’en attestent pas, pour en avoir fait personnellement l’expérience.

Mame Thierno Ibra Faty était donc un homme d’une rare générosité car, à ce propos, les témoignages de ses parents, tout comme ceux de nombreux particuliers qui ont eu à bénéficier de ses largesses, ne se comptent plus. Citons Serigne Fallou MBACKE, le deuxième khalife de Serigne Touba qui a eu à dire :

« Je viens m’en ouvrir de mes difficultés au généreux donateur de Darou Mouhty. Il est celui dont les qualités sont louées de partout. Sa générosité n’est jamais prise à défaut : elle est d’égale profondeur, aux moments d’abondance comme en période de pénurie.  »

Citons également le grand maître Mouhamadou Al Deymani :  » Ibrahima est celui qui n’a point d’égal Généreux toute son existence, qu’il est bon, Doté d’une érudition et dont la bonne conduite, l’accueil et la Générosité profitent à tous, proches (parents) comme étrangers.  » Mame Thierno n’a jamais éconduit un solliciteur. Bien au contraire, il accédait, séance tenante, aux demandes de tous ceux qui recouraient à sa main secourable. Sa parole était sacrée et jamais il n’a manqué de la respecter.

Cette réputation de générosité qui s’attachait à Mame Thierno explique qu’il n’a laissé à sa famille pour tout héritage que ce qu’il a reçu de Serigne Touba (vêtements, draps de lits, etc.) Toute autre chose qu’il recevait, était immédiatement dépensé pour la face de Dieu.

En effet, jamais Mame Thierno, même s’il savait qu’il subissait des préjudices sur ses biens, n’a manifesté le moindre état d’âme, perceptible dans ses attitudes ou dans ses comportements. Même s’il savait que certains de ses proches utilisaient à des fins personnelles ses biens, cela ne l’a jamais irrité. Plus grave ! Il arrivait que certains poussent l’outrecuidance jusqu’à lui revendre, à des prix très élevés, des biens qu’il savait pourtant lui appartenir. Qu’à cela ne tienne : il le rachetait tout bonnement, comme si de rien n’était.

Mame Thierno le missionnaire digne de nom Mame Cheikh Ibrahima Faty MBACKE a donc acquis, au contact de son guide et maître, toutes les qualités requise pour jouer le grand rôle auquel il est appelé. Il a été, nous le savons, le bras droit, l’homme de confiance, le confident de l’incomparable Khadimou Rassoul. Il était d’une telle discrétion que nul n’a jamais réussi à percer le mystère des secrets que son maître lui a confiés.

D’ailleurs, encore de nos jours, l’idée de divulguer la teneur des nombreuses correspondances du Cheikh qu’il a laissées, n’effleure l’esprit d’aucun membre de sa famille. C’est à lui que Serigne Touba, pendant sa période d’exil, a confié sa famille et sa communauté. Il aura par la suite, toutes les raisons de se féliciter d’avoir investi sa confiance en Mame Thierno.

Avant même cet exil, Serigne Touba avait investi Mame Thierno d’une mission fondamentale : éduquer et former spirituellement les talibés. A cette fin, Ndâmal Darou avait fondé des daaras comme Gouye Ngoura, et Darou Marnane.

Citons quelques grands érudits formés à l’école de Borom Darou : Serigne Mouhamadou Moustapha MBACKE, premier Khalife de Serigne Touba. Serigne Mouhamadou Fadilou MBACKE, deuxième khalife du mouridisme et son ami, le grand maître Makhtar Bineta LÔ. Le savant Cheikh Momar SEYE, surnommé la lumière du Ndiambour. Ses frères Cheikh Balla Thioro MBACKE et Cheikh Mamadou MBACKE. Le grand maître Serigne Mor Rokhaya BOUSSO.

Les missions dont Cheikhoul Khadim le chargeait souvent étaient si sacrées aux yeux de Borom Darou qu’il était prêt à sacrifier sa propre vie pour les remplir. Ainsi, il aura plusieurs fois l’occasion de donner la pleine mesure de son courage physique, de son mépris du danger et surtout de sa soumission indescriptible à son maître et guide.

Un premier exemple, est la manière héroïque dont il remplit son ambassade auprès du Gouverneur de la Colonie du Sénégal à Saint Louis. En effet, Serigne Touba l’avait dépêché afin d’expliquer pourquoi il ne pouvait déférer immédiatement à la convocation que lui avait servi l’administration coloniale. A cette époque, il était considéré comme une folie téméraire de tenir tête au Blanc. Pourtant, c’est sans sourciller que Borom Darou transmit le message de Borom Touba à  » Borom Ndar  » avec un courage et une détermination tels que, celui ci en fut très impressionné.

Une autre fois, alors que le Cheikh était parti en exil, il eut à faire face à la volonté des autorités coloniale de disperser le village où il s’était installé avec la famille que son maître l’avait chargé de gérer pendant son absence. Faisant rempart de sa poitrine, il a refusé opiniâtrement d’obtempérer, car c’est là que Khadimou Rassoul lui avait commandé de l’attendre avec sa communauté. Cette fois encore, l’autorité coloniale, impressionnée, accepta de surseoir à l’opération. Bien entendu, quelques temps après cet incident, il se résolut à mettre à l’abri la famille du Cheikh dont il était responsable, dans un autre site. Mais il n’y consentit que sous la pression des sages conseils des dignitaires de la communauté.

Ce courage si caractéristique de la personnalité de Mame Thierno n’était pas seulement physique. Il était aussi moral et spirituel. Cela s’est manifesté aussi bien dans ses pratiques cultuelles, sa foi, que dans son allégeance vis à vis de son guide spirituel. C’est avec un courage, un sens du devoir et des responsabilité au delà de toute expression qu’il a géré la famille et la communauté que Serigne Touba lui avait confiées. Jamais de plainte malgré les nombreuses difficultés qu’il avait à affronter pour pourvoir aux besoins de tout ce monde. D’une sérénité toujours égale, il a surmonté toutes les épreuves, sans négliger en rien, l’éducation et la formation des disciples et de la famille du Cheikh, car cela aussi était une consigne du maître.

Mission accomplie C’est donc une communauté en bon ordre et une famille harmonieuse qu’il restitua à son maître, revenu d’exil en 1902. Leurs retrouvailles à Saint-Louis du Sénégal furent mémorables. La satisfaction de Khadimou Rassoul à propos du comportement et de la gestion son de émule était indescriptible.

Les exégètes du mouridisme, pour peindre la scène, recourent à une image particulièrement expressive. La communauté que Bamba reprit en mains était encore plus nombreuse, plus éduquée, mieux formée et plus disciplinée qu’à son départ. Quelle belle image pour dépeindre la fidélité et l’attachement du serviteur à son maître !

Mame Thierno, répétons-le, a toujours accompli, scrupuleusement, les recommandations de Serigne Touba et n’a jamais transgressé un seul de ses interdits. C’est sur son ordre qu’il s’est rendu à Mbacké Kadior pour y remplacer leur oncle paternel Serigne Mbacké Ibra décédé.

Il demeura dans cette localité jusqu’à ce que, par une lettre que lui a transmise Serigne Amsatou DIAKHATE (oncle de Serigne Shouaibou, Serigne Abdoul Ahad le 3 ème khalife, et de Serigne Saliou, l’actuel khalife), Serigne Touba lui ordonnât d’aller fonder le village de Darou Moukhty : c’était en 1912.

Fondation de plusieurs villages Dans un rayon de 40 Km autour de Darou Mouhty, Mame Thierno a, par la suite fondé d’autres villages comme :

Darou Marnane où il installa son fils Cheikh Awa Balla dont l’actuel khalife est El Hadji Mame Thierno MBACKE Thincoly où il installa Cheikh Ousmane MBACKE auquel succéda son fils Mouhamadou Awa Balla plus connu sous le nom de Modou Kara Noreyni. Kosso où son fils Cheikh Mouhamadou MBACKE dispensait un enseignement réputé. A sa suite, Mame Mor son fils prit la relève. Yabal où se trouvait son aîné et premier khalife Serigne Mouhamadou Awa Balla MBCKE, dont la relève fut prise par son fils Serigne Kosso Ganâr.

Ces villages historiques fondés par Mame Thierno ont à leur tour essaimé pour donner naissance à d’autres localités qui, elles aussi, ont acquis un grand renom. Citons :

Darou Wahab fondé par Cheikh Awa Balla qui y installa Sokhna Maïmouna MBACKE, fille de Khadimou Rassoul. Arafat fondé par Cheikh Mouhamadou Habib MBACKE et légué à Serigne Moustapha Maï MBACKE Darou Rahmane, Madina et Sarsara, fondés par Serigne Mouhamadou Awa Balla MBACKE, le premier Khalife de Mame Thierno.

Mame Thierno et ses descendants n’ont fondé ces villages que pour démultiplier les enseignements de Serigne Touba. Il s’agissait de porter le plus loin possible, à travers le pays, l’amour du travail et la soumission complète à Dieu le Tout Puissant.

Cheikh Ahmadou Bamba avait dit à Mame Thierno :  » La miséricorde de Dieu envers les créatures est dans l’agriculture.  » Alors, Mame Thierno fut un grand agriculteur. Il dirigeait lui même les travaux dans les champs. Mais rappelons que les importants tonnages qu’il récoltait, étaient tenus à la disposition de Khadimou Rassoul ou employés à soulager les souffrances des démunis.

La soumission à Dieu de Mame Thierno était telle qu’il faisait cesser toute activité à l’approche du moment de la prière. Le rythme de la vie dans les daaras de Mame Thierno, partagée entre le travail et les dévotions était si soutenu que certains souffraient des rigueurs des conditions de vie et de labeur au point de montrer peu d’empressement à l’exécution de leurs devoirs religieux. Alors, à tout le monde, Mame Thierno disait fermement :  » Que celui qui en est capable pratique à la fois la dévotion et le travail, sinon qu’il s’en tienne à la dévotion  » Quel est cet emploi du temps si draconien ?

Ecoutons le témoignage de Serigne Pathé SALL, l’un de ses disciples :  » A la tombée de la nuit nous chantions les khassaïdes de panégyrique et de remerciement et nous nous reposions au milieu de la nuit. L’aube ne se pointait jamais sans que nous ne nous trouvions déjà en route pour les champs. En outre Cheikh Ibrahima Faty nous imposait la lecture du Coran tous les jours.  »

Nulle place donc pour le divertissement ou les futilités dans la vie de Mame Cheikh Ibra Faty et de ses disciples. Il a vécu, à l’image de son maître, une vie exemplaire à tout point de vue. Nous ne doutons pas un seul instant que cette âme, entièrement dévolue au triomphe de l’Islam, est au rang des saints qui participeront à l’accueil et à l’installation au Paradis des bienheureux dont Khadimou Rassoul a généreusement racheté les péchés. Nous n’en voulons pour preuve que les nombreuses correspondances que Cheikh Ahmadou Bamba lui a envoyées pour lui témoigner sa satisfaction. Nous retiendrons l’une d’elles qui dit :  » Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

Dès que ton regard se posera sur ces mots, sois persuadé que leur auteur est pleinement satisfait de toi, d’une satisfaction que rien ne pourra plus gâcher. De même, l’auteur a sollicité auprès de Dieu le Tout Puissant desfaveurs que tes semblables t’envieront. Réjouis-toi alors, et ne doute point que tu obtiendras ces faveurs de Ton Seigneur par mon intermédiaire. Dieu est le garant de mes propos.  » Que peut-on demander de plus lorsqu’on reçoit une telle assurance de l’incomparable Khadimou Rassoul ? On peut dire que ces grâces que Dieu lui a octroyées par l’entremise de Serigne Touba se sont étendues à ses successeurs qui se sont tous montrés à la hauteur de l’héritage spirituel qu’il a laissé.

source : istikhama.org

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