SERIGNE MASSAMBA MBACKE : VIE ET OEUVRE

Serigne Massamba n’est pas seulement un simple copiste à une belle plume ; il s’est aussi distingué dans l’art d’embellir le Coran et les Qaçidas dans un style exceptionnel d’enluminure qu’il a mis en l’honneur. Il reste jusqu’à nos jours le plus grand enlumineur du Mouridisme. On conserve aujourd’hui jalousement à la Bibliothèque Cheikhoul Khadim de TOUBA des manuscrits dont la facture est rehaussée par son art merveilleux d’une symétrie surnaturelle. Ses entrelacs, ses fresques, ses coniques, ses ronds et les messages de ses traits codés dans des labyrinthes séduisant les regards. Grand calligraphe, érudit, dévot et serviteur infatigable de son Maître, il n’a jamais daigné offrir ses services d’enlumineur à un autre que le Cheikh. Cet exclusivisme est une reconnaissance au grand Maître car pour lui, c’est par la grâce de celui-ci et dans son service qu’il a acquis ses dons ; c’est comme s’il voulait dire :  » des aptitudes et des dispositions acquises par DIEU ne doivent être destinées qu’au service de DIEU et utilisées que pour la face de DIEU.  » Son attachement à la calligraphie et le rôle qu’il jouait dans ce domaine sous l’ombre du Cheikh étaient tels qu’un jour, alors que Cheikh Ahmadou Bamba se trouvait en déportation en Mauritanie, il lui envoya des malles contenant 24.000 calames (plumes), taillés selon la rigueur qui sied à son personnage. Autant Serigne Massamba disposait d’une équipe d’enlumineurs qu’il avait lui-même formée, autant il avait mis sur pied une équipe de conservatoire en chants religieux sur les œuvres du Cheikh, et dont les mélodies jusqu’à nos jours sont à l’honneur. Serigne Massamba avait une équipe qu’il avait sélectionnée selon des critères des plus pointus allant du timbre de la voix à la parfaite maîtrise de la lecture. Pour Serigne Massamba, chanter les Qaçaïds est, au-delà de la mélodie qui apaise les cœurs et bercent l’âme, un acte d’adoration qu’il faut faire avec une grande concentration. Parmi ses élèves émérites on peut citer : Serigne Ibra Fall Bouba, Serigne Modou Kane DIA, Serigne Allé SYLLA, Serigne Cheikhou NDAO, Serigne Ibra SAMB, Saer DIOP, Makhtar Dieng, Madou Samba Balla, Serigne Mahib GUEYE, Serigne Moussa DIAGNE, etc. Il mettait son équipe de conservatoire en chants religieux dans les conditions requises pour une bonne prestation et lui accordait tous les égards. Il ne permettait ni paresse ni laxisme, et supervisait lui même les prestations du  » Kurel  » auprès du CHEIKH. Il insistait sur la circonspection, la concentration, la bonne prononciation des mots. Les talents de la première génération allaient déteindre sur les générations futures qui vont se constituer en véritable école. Ainsi les mélodies dites celles de  » Wakeur Serigne Massamba  » sont très connues des nombreuses équipes de conservatoire qui foisonnent aujourd’hui. Elles ont résisté au temps et aux multiples innovations de chanteurs à la recherche de célébrité. Elles demeurent des classiques inaltérables qui transcendent le temps. Quand Serigne TOUBA prit la décision de construire la Grande Mosquée de TOUBA, il avait donné recommandation à Serigne Massamba Mbacké de se baser à la carrière d’où l’on devait extraire les pierres et les transporter à l’emplacement actuel de la Mosquée. Il lui avait dit :  » qui vient participer au travail doit te trouver sur place ; Qui repart doit également te laisser sur place « . Ainsi Serigne Massamba avait établi son quartier général à la carrière, creusant, extrayant des pierres et les taillants. Durant tout le reste du séjour du Cheikh à Diourbel, Serigne Massamba n’aura d’autre occupation que fournir des pierres aux entrepreneurs chargés de la construction de la Grande Mosquée. Après le rappel à DIEU de notre vénéré Cheikh, la poursuite des travaux revint à Serigne Mouhammadou Moustapha Mbacké devenu Khalife. Quand il entreprit de poursuivre l’œuvre combien grandiose de construction de la Grande Mosquée, il appela Serigne Massamba et lui demanda de continuer le travail qu’il avait débuté dans le ravitaillement en pierres. Ainsi il établit son nouveau quartier général aux lieux des travaux. Il était toujours sur le chantier de la Mosquée de l’aube au crépuscule, creusant des tranchées et taillant des pierres. Tout le produit de ses récoltes et les dons pieux qu’il recevait étaient utilisés dans les travaux de la grande mosquée. Il assistait les travailleurs, les encourageait à l’ouvrage et les galvanisait. Il n’hésitait pas à leur acheter des friandises et des amuse-gueule en plus des repas qu’il leur faisait parvenir régulièrement. Comme signalé plus haut, Serigne Massamba n’a pas connu son père. Serigne TOUBA a entièrement pris en charge son frère depuis la prime enfance. D’ailleurs Serigne Massamba se plaisait fort de dire :  » tout ce que je sais, je le détiens de Serigne TOUBA ; je suis ce qu’il a voulu que je sois « . Affection fraternelle et paternelle réunie en une seule personne, mais qui allait être supplantée par l’affection due au Maître et Guide. Son dévouement à Cheikhoul Khadim était tel qu’il ne reculait devant aucune difficulté pour exécuter ses instructions. Pour lui, toutes les volontés du Cheikh sont faisables. Un jour, le Cheikh appela les disciples pour leur montrer des tasses qu’il avait reçu en dons pieux, et constatant que quelques unes avaient disparus, il demanda aux disciples de sillonner le commerce pour lui en trouver de similaire. Les recherches furent vaines, mais Serigne Massamba ne se décourageait pas. Chaque jour, il refaisait le tour de l’ensemble de commerçants de la ville avec une confiance aveugle que tout ce que le Cheikh recommande est possible. Il persista si bien qu’un jour, un commerçant marocain de la place en fouillant son magasin trouva une caisse de mille tasses non encore ouverte. Ne possédant pas d’argent avec lui, il prit la caisse et laissa son disciple Serigne Youssou NDAO comme gage chez le commerçant. N’est ce pas là un bel exemple de dévouement pour son Cheikh ? Ce dévouement au Cheikh ne s’est jamais démenti. Après le rappel à DIEU de notre grand Maître, il reporta cet amour et cette soumission sur le Khalife et ses frères. Il disait le plus souvent à Serigne Mouhammadou Moustapha :  » je ne suis pas ton oncle, je suis ton talibé, car tu es le fils de mon Maître « . En compagnie des fils de Serigne TOUBA, il s’asseyait toujours par terre en signe de soumission. Malgré les injonctions de Serigne Fallou, il refusait de s’asseoir sur une chaise ou dans un fauteuil. Il était serviable et généreux envers la famille du Cheikh. La noblesse de caractère de Serigne Massamba n’est pas surprenante. Comment un homme éduqué par Serigne TOUBA pourrait être autrement ? Serigne Massamba était le prototype de l’ascète qui vit parmi ses pairs, et qui sert de miroir à chacun d’eux. Il n’était point un anachorète retiré sur lui-même. Il vivait dans la société parmi les hommes de son temps. Ses qualités intellectuelles et morales, et son sens des relations humaines faisaient que le Cheikh l’envoyait souvent faire le tour des disciples dans l’ensemble du pays pour raffermir leur foi. Il sillonnait alors le pays en éducateur humble ; les disciples le recevaient et il les entretenait de DIEU et de son Prophète et leur rappelait les vertus qui sont les seules aptes à faire d’eux des mourides sincères. Pour Serigne Massamba les recommandations de Serigne Touba sont des recommandations de DIEU, donc il les respectait scrupuleusement et les faisait aussi suivre à l’ensemble de ses disciples. Partout où ils passaient, il semait la foi, l’amour du travail dans le sentier de DIEU. Pendant cette période, les mourides numériquement inférieurs subissaient toutes sortes de vexations et de provocations, mais avec une seule causerie de Serigne Massamba, les disciples emmagasinaient une force morale telle, qu’ils restaient dans les zones les plus hostiles sans fléchir ni faillir d’un iota. Educateur hors pair, mais aussi homme pieux et généreux, sa générosité est légendaire. Il donnait tout ce qu’il avait, et s’endettait pour satisfaire les autres. Quand il payait ses dettes, il le faisait aussi sans compter. Il ne pouvait connaître le désarroi d’un musulman sans tenter de lui apporter des solutions. Serigne Massamba ne gardait jamais quelque chose pour le lendemain. C’est comme si les biens de ce monde lui brûlaient les mains ; il s’empressait de satisfaire les nécessiteux et soulager les mourides dans la gêne. Lors des travaux de la Grande Mosquée, combien de simples passants ont bénéficié des repas qu’il apportait quotidiennement pour les travailleurs. Pendant le mois de Rajab 1361 H. /1942, il vint dire au Khalife Serigne Mouhammadou Moustapha :  » il me reste trois années à vivre sur terre ; je viens aujourd’hui te les concéder pour que tu les ajoutes à ta longévité afin de parachever ta mission « . Quelques jours après cet entretien avec le Khalife, précisément le 10ème jour du mois de Rajab 1361 H. il s’éteignit. Serigne Massamba ! Les générations présentes et futures s’inspireront toujours de ta vie combien pleine d’agrément. Ton amour ardent pour le Cheikh, ton dévouement sans borne et ta serviabilité à jamais sont gravés dans la mémoire des mourides.

LE MAGAL DE CHEIKH MASSAMBA MBACKE (RA) SERA CELEBRE CE LUNDI 27 SHAHBAAN 1436H – 15 JUIN 2015 A TOUBA CONFERENCE LE SAMEDI 13 JUIN 2015, PARRAIN: S. MOUHAMADOU MOUSTAPHA MBACKE IBN KHADIMOU RASSOUL

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